Un pédiatre - Lyon.
Quelques éléments pour ne pas faire n'importe quoi, et pour faciliter quand même certaines choses.
1° : le LACTOSE est un sucre présent dans tous les laits (humain compris) qui peut être à l'origine de troubles digestifs proches de ceux d'une allergie, mais ces troubles se cantonnent au tube digestif, sont "médicalement" mineurs (ballonnement, gaz, diarrhées) et ne concernent jamais le reste de l'organisme, excepté dans la très rare maladie métabolique appelé "Galactosémie" dont le diagnostic est en général fait dans les premiers jours de vie tellement l'aspect de l'enfant et les manifestations sont inquiétants.
Le lactose n'entraîne jamais d'allergie et sa présence dans les ingrédients d'un produit ne justifie pas d'interdire ce produit en cas d'allergie aux protéines du lait de vache (APLV). Il peut être mal toléré par les personnes ayant un déficit complet de lactase intestinal (la lactase est l'enzyme qui digère le lactose. Elle est présente dans le lait maternel et dans le tube digestif) et les troubles seront digestifs et mineurs, le lactose agissant chez ces personnes comme un laxatif (genre Duphalac(T.M.)).
La présence de lactose dans les charcuteries sert à les garder roses-rouges et n'est dangereuse que pour les personnes souffrant de galactosémie.
La note de Valie57 du 30 avril sur le lactose était très bien faite.
2° Le LACTATE et l'ACIDE LACTIQUE sont des composés chimiques n'ayant absolument rien à voir avec les produits laitiers, malgré leur nom. Ce sont des molécules composées de carbone, d'oxygène et d'hydrogène, sans même un atome d'azote au milieu. On est très loin de la protéine du lait de vache, d'autant que ces deux molécules font partie intégrante, constante et importante de la fourniture énergétique cellulaire. Il est regrettable de se priver des olives sous prétexte d'acide lactique (présent dans le vin mais aussi dans beaucoup de produits issus de fermentation).
3° Le LACTOSERUM, dont le nom ressemble au Lactose, est en fait du petit lait, pour faire court. Il contient donc des protéines solubles de lait et les produits contenant du lactosérum doivent être interdits en cas d'APLV.
4° La privation complète de produits laitiers sous toutes leurs formes dans l'alimentation de la mère allaitante ne peut être recommandée que si la mère vérifie sur les produits qu'elle mange qu'ils ne contiennent pas non plus de produits laitiers cachés. Quasi infaisable d'autant que le résultat n'est aucunement garanti ! Ensuite, un tel régime est relativement déséquilibré, en particulier en ce qui concerne les apports calciques et les apports en vitamines liposolubles, nécessaires à l'élaboration du lait maternel. On peut avaler des compléments vitaminiques, mais ça devient plus chimique que de manger du Roquefort de temps en temps.
5° Les laits d'origine végétale peuvent être des substituts sociaux des produits laitiers animaux (mon gamin boit son lait le matin comme les autres) mais ils ne sont jamais des substituts nutritionnels. Il est bien sur possible de les donner sans crainte à des enfants de plus de 12 mois car l'alimentation est en général assez variée à cet âge-là pour compenser les lacunes, en tant que produit laitier, des laits d'origine végétale qui sont en réalité de bons produits végétaux à intégrer dans les apports de fruits et légumes. Les lacunes de ces laits végétaux concernent la qualité des protéines (ils manquent certains acides aminés essentiels), la pauvreté en vitamines liposolubles (en particulier la D) et en calcium assimilable. Si ces lacunes sont compensées après 12 mois, elles ne le sont pas avant car le lait est l'alimentation majoritaire de l'enfant avant 1 an et même bien diversifiée, l'alimentation non lactée ne compensera pas correctement ces lacunes.
En conséquence, il est important de préciser que ces laits végétaux ne peuvent pas être donnés comme base de l'alimentation des nourrissons et ne constituent pas une solution acceptable pour les cas d'APLV avant 1 an. Il existe plusieurs préparations spéciales pour ces cas, dont certaines à base de soja mais dont la composition est enrichie des nutriments absents ou faibles dans le produit natif. Ce sont effectivement des produits pharmaceutiques mais l'inconvénient qui en découle est moindre que de donner un produit inadapté à son enfant.
6° Il est vrai que certain végétaux contiennent beaucoup de calcium. Il reste indiscutable que le calcium présent dans les produits laitiers est LE calcium alimentaire par excellence. Pour ceux qui en doutent, le meilleur exemple est le lait maternel humain qui est capable, sans être particulièrement riche en calcium (moins que certains végétaux), d'assurer les apports calciques et la construction osseuse du nourrisson jusqu'à 1 à 2 ans, y compris dans les pays pauvres pour peu que les mères aient un peu à manger. L'organisme n'a besoin que d'une chose pour pouvoir absorber le calcium présent dans le lait (et aussi celui présent dans les végétaux) : de la vitamine D fabriquée par l'organisme à partir de précurseurs (alimentaires et fabriqués par l'organisme).
Quant à l'ostéoporose, si elle semble ne toucher que les pays industrialisés, c'est en partie parce que certains facteurs de risque sont plus spécifiques aux pays industrialisés (tabagisme, sédentarité, carence en vitamine D par ex.) mais surtout que, dans les pays dits pauvres, la majorité des femmes n'atteint pas l'âge de début de révélation de l'ostéoporose. Pour se casser le col du fémur à 75 ans, il ne faut pas être déjà morte du paludisme, du Sida, de faim, de tuberculose ou tout simplement d'épuisement à cultiver des champs de soja ou de haricot pour 1 franc par jour. C'est aussi parce que dans ces pays-la, on ne recherche pas particulièrement l'ostéoporose. Enfin, dans les pays industrialisés, la fréquence de l'ostéoporose est aussi directement liée à la consommation de produits laitiers : moins les vieilles ont mangé de produits laitiers à l'âge adulte, plus elles se cassent.
7° Je ne connaissais pas l'allergie au saccharose (composé de 2 molécules de glucose). Je me permets de proposer une réintroduction, après accord médical bien sur, du saccharose car l'éviction de ce sucre est probablement plus contraignante encore que l'éviction des produits laitiers.