je vous lis depuis un moment, et je ne suis pas particulièrement à l'aise pour vous répondre.
Je n'ai jamais été à proprement parler anorexique. J'ai plutôt été -et le suis probablement encore, au fond...je ne crois pas qu'on puisse vraiment parler des TCA au passé- boulimique, avec des périodes de restrictions plus intenses qui donnaient une image d'anorexie...
donc je ne peux pas dire que je connaisse vraiment le problème de l'anorexie, ca serait mentir. Mais anorexie, boulimie, hyperphagie compulsive, ca part des mêmes difficultés, je crois.
Quand vous parlez de votre enfance trop lisse, trop parfaite, je me reconnais aussi là-dedans. Se sentir obligée de plaire, constammnent. être première de classe tout le temps, jusqu'à la maitrise à l'université...arriver 2e devenant synonyme d'échec total, me donnant l'impression que je ne méritais même aps de vivre...
Me sentir inférieure parce que ma soeur réussissais encore mieux que moi (c'est un petit génie, carrément, elle...comment gagner contre elle?!)
Un rapport à la nourriture perturbé, très jeune... ma mère constamment au régime, qui nous fait manger différemment des autres enfants... d'abord côté santé, toujours à l'affut des "nouveaux trucs"...j'ai mangé du tofu avant tout le monde ici, probablement...et des trucs germés, et des légumes en quantité industrielle, et des légumineuses pour remplacer la viande... jamais de trucs industriels, surtout les dessertss... ensuite pour des considérations religieuses... au pain et à l'eau j'ai été, les vendredis, moi...
bien que maintenant je suis consciente qu'elle m'a permi de m,ouvir à autre chose, côté nourriture, quand j'étais petite, c'était une véritable souffrance de ne pas manger comme les autres... d'être toujours sujet de moqueries quand je déballais mon repas, le midi... et pas question que je mange au self, vous comprenez bien...
premier régime à 10 ans... parce que j'étais plus ronde que ma soeur fil de fer... (J'étais pas grosse... ma mère regrette amèrement cet épisode, maintenant) ca me fait encore hurler quand je vois des mères parler de régime pour leur enfant qui "commence à s'envelopper", sur ce forum...
Les sucreries, c'était que le dimanche, au souper, et encore, tout des trucsa fait maison et relativement faibles en sucre... ma mère en faisait une part pour tous, mais il en restait toujours un peu... et c'était la dispute pour avoir le reste... qu'on devait manger tout de suite si on ne voulait pas qu'un autre le prenne (on était 6 à la maison)...
j'ai développé très jeune cette idée que je devais avaler tout ce que je pouvais maintenant, car impossible de dires'il y en aura plus tard... et pis c'était une sorte de réussite, d'en avoir une 2e part...
alors voilà... je me suis sentie écrasée sous les soucis de réussite toute mon enfance et mon adolescence. J'étais peu sociable, était sujet de moquerie car différente des autres, je souffrais donc très vivement de la solitude... Même avec mes frères et soeurs c'était le combat constant pour la 1ere place...
Sauf que j'ai toujours eu un côté rebelle. J'ai toujours voulu défier l'autorité, les règles qu'on m'imposait, sortir des normes... je n,arrivais pas à être comme les autres, alors autant m'en démarquier le plus possible!!!
Le tumulte de l'adolescence a tout déclanché... crises de boulimie constantes (manger en cachette=défier l'autorité,les règles, les convenances) puis cesser de manger, pour faire paniquer mes parents... ou encore pour me prouver que je n'avais pas complètement perdu le contrôle sur moi-même...
tentatives de suicide à répétition, adoption de styles vestimentaires détonnant de la masse ou de l'image qu'on voulait me voir adopter (jeune adolescente, ca a été un style grunge exacerbé qui faisait pas du tout fille de bonne famille, puis plus tard, suis devenue gothique...crucifix, faux crocs et tout le bazar), fréquentation des milieux undergrounds (surtout la scène metal montréalaise underground), des bars douteux et glauques...
enfin, vous voyez le genre.
si je me suis assagie de façon générale après plusieurs années de thérapie qui m'ont fait prendre conscience de bien des choses (que malgré tout, je voulais constamment plaire... mais je mettais les gens au défi de m'aimer malgré mes bizarreries... malgré mon poids, aussi, qui a atteint les 85 kilos à 24 ans... que malgré ma révolte qui grondait constamment, je faisait ce qu'on attendait de moi, le plus souvent... faute de pouvoir dire non, je donnais une image de révoltée, mais au fond j'étais très soumise...)
et que je dérape bien moins souvent, côté nourriture, que j,ai trouvé une façon de m,alimenter qui me plaise, où je ne me sens plus coupable de manger en public un truc plus gras ou sucré... où je ne me sens plus obligée de me cacher, cacher ma honte de manger... et qui m,a permi de perdre du poids... je me sens toujours prisonnière malgré moi de ce que les autres pensent de moi, ou plutôt ce que je crois qu'ils pensent de moi, soit, en général, les images les plus négatives que j,ai de moi-même.
Il y a toujours ce démon qui guette, prêt à me pousser à manger jusqu'à en avoir mal, manger pour me punir et me récompenser à la fois, manger pour défier le "bon sens", manger en cachette parce que ca ne se fait pas... et il y a toujours cette terreur de reprendre du poids (très difficile pour moi cet été de reprendre 8 kilos... que je reperds très difficilement...), de ne pas être la plus forte, de ne pas réussir à dominer à jamais ce démon, de redevenir celle que je déteste...
mais ai-je vraiment appris à m'aimer?
je crois que c'est là que ca bloque. Malgré moi, je tends à devenir ce que je PENSE que les autres veulent que je sois...bien que le simple fait d'écrire ceci me donne la nausée et me révolte.
Non, je ne peux aps croire que les TCA sont un simple problème par rapport à la nourriture... une perte de contrôle qui se manifeste seulement à ce niveau...
je crois plutôt qu'ils sont symptômatiques d,un état général...mais bien souvent, on préfère encore que les gens ne voient que ça... nous mêmes, ne voir que ca, que les TCA...parce que voir tout le reste, le 9/10e de l'iceberg caché sous les eaux, ca fait trop peur, c'est décourageant, c'est paniquant... c,est trop gros, ca semble insurmontable...alors on ne se concentre que sur les TCA... c'est déjà un gros morceau... mais si on ne s'attaque qu'à ca...on ne résoud pas ce qui nous y a conduit... et le problème reste là, prêt à ressurgir...