Terraillon, ça me fait drôle de te lire. On se ressemble tellement et nous sommes déjà passé par les mêmes étapes... et ce qui me fait drôle, c'est que tu as effectué maintenant, du fait de ton "âge" plus "avancé", un chemin qui me reste à parcourir : la construction d'une vie de famille, mariage, bébés...
C'est un peu comme si je lisais mes réactions à l'avance!
Je sais pertinemment où j'en suis aujourd'hui, sur quoi je bloque, les défis auxquels je vais avoir à faire face dans les années à venir...
Et je te lis toi, ayant fait face à ces mêmes défis qui vont se présenter à moi et menant ta vie de femme et de mère après tout ça!
Tu as par exemple abordé la question des bébés, ta 1ère grossesse... nous avons très envie d'un enfant avec François, et je pense que nous n'allons pas attendre lgtps après le mariage.
Et magré la joie que j'ai à l'idée d'être enceinte, je ne peux m'empêcher d'appréhender un peu cette période où le corps change, où l'on fait peut être moins de sport, où l'on prend du poids et des formes... quelque part je trouve ça beau, mais restes de la maladie obligent...
Qd je lis que tu n'as pris que 3,5kg après ta 1ere grossesse et que tu as été épuisée, je me dis que ça pourrait fort bien être mon scénario!
Enfin on verra ça!
Sinon de mon côté la maladie s'est développée petit à petit.
Je ne reviendrais pas sur les causes psychologiques profondes - que j'ai clairement identifiées - mais pour les faits, c'est au cours de mon expatriation avec mes parents en Italie (Milan) que ça a commencé.
Adolescente, dans un milieu scolaire un peu différent du mien et difficile d'un point de vue humain (départs et arrivées perments au sein d'un microcosme d'élèves, difficultés à nouer des liens...).
Je suis arrivée en 3ème.
Fin de la seconde, arrêt de mes règles sans perte de poids pour autant.
En 1ère, j'ai commencé à vraiment souffrir de cette situation humaine difficile. Après m'être attachée plusieurs fois à des ami(e)s ensuite parties ailleurs, dans un contexte d'adolescence déjà pas évident en soi, j'ai vécu ces decéptions comme des marques de "rejet" de ma personne. J'ai donc commencé à vouloir montrer une image parfaite, à cacher le "monstre" que je commencer à identifier au fond de moi même, et... à manger de moins en moins pour ne pas le nourrir.
J'ai commencé à m'imposer des contraintes, au début légère, puis de plus en plus fortes: "Toujours un peu plus loin"!
Bcp de sport aussi, qui me permettait de passer mon temps libre.
Je suis passée cette année là de 52kg à 48kg, ce qui reste raisonnable, ce que les gens de l'entourage ne remarquent pas focrément, mais ma mère oui...
L'été suivant, je suis partie faire un baby sitting d'1 mois, seule avec les enfants, à la mer.
Là, j'ai perdu encore 3 kilos, que j'ai repris en rentrant.
C'est "amusant" comme mon cercle familiale m'a toujours emplêchée de tomber sérieusement...
Ma term a été bcp plus agréable et je me suis maintenue à 48kilos, avec pas mal de sport, une alimentation plusot équilibrée...
Ensuite, 2 ans de prépa : trop de travail pour penser à ne pas manger. Ca n'a été qu'une bombe à retradement!
Et ensuite, intégration en école de commerce.
C'est là que ça a bugué : loin de tout le monde, à nouveau insérée dans un contexte de jeunes qui me rappelait inconsciemment les difficultés humaines de l'expatriation, et loin du cercle familiale, j'ai commencé à manger de moins en moins.
Tous les jours, un nouveau défi : que manger de moins par rapport à hier?
Du footing, du vélo, de la natation.
Plus de féculents, plus de gras, plus de sucres. Bientôt, plus de protéines non plus...
Des repas pris petit à petit de plus en plus, puis totalement dans ma chambre.
La peur du regard des autres, une image parfaite, toujours heureuse et souriante, une tenue impeccable, ne pas montrer le monstre, ne pas me faire rejeter par les autres.... donc m'exclure moi même avant qu'il ne voient ce monstre en moi!
Voilà un petit peu comment on tombe.
Les gens ne voient pas d'abord. Ils ne commencent à voir que qd le poids est déjà alarmant, que qd il est presque trop tard.
Mais l'anorexie est un processus long, une longue descente aux enfers, qui va bien au delà de la simple manifestation physique qui effraie tant de gens.
Le mal est bien plus profond, mais reste difficilement compréhensible.
Je l'ai compris, au prix de lourds efforts, et après une longue thérapie.
Pour l'entourage, c'est extrêmement difficile, car ce n'est pas compréhensible. Pendant la maladie et la guérison, personne ne peut comprendre ce que nous même ne pouvons pas comprendre : ça paraît pourtant si simple de prendre sa fourchette et de manger! Combien de fois me suis je posé cette question : POURQUOI? Pourquoi cette angoisse de manger, de mettre ce morceau de viande dans ma bouche, je le veux tellement, POURQUOI je pique une crise de nerfs pour l'avaler?
Les proches ne peuvent pas comprendre, mais ce n'est finalement pas l'essentiel.
L'essentiel, c'est leur amour. L'essentiel, c'est qu'il soient là, qu'ils ne jugent pas, qu'ils ne cherchent pas à "guérir" la personne, mais qu'ils lui montrent tout leur amour.
Comme pour un cancer, les proches n'ont aucune marge de manoeuvre sur la maladie mis à part leur soutien moral.
Comme un cancer est suivi par un médecin spécialisé, nous avons un psy, qui connait la maladie et nous aide à avancer.
Voilà...
Caro.