MarieAvec mon compagnon, nous allons souvent dans un restaurant de la Croix-Rousse qui porte le nom de cette spécialité et qui ouvre toute la nuit, de 23 heures à 7 heures du matin et qui accueille donc tous les artistes, acteurs, fêtards, musiciens etc. Cela s'appelle "club privé" parce que la première fois, tu payes 2 euros par personne et tu as une carte valable à vie pour entrer dans ce resto de nuit. Ambiance super sympa, gratinée à tomber, des gratins dauphinois qui t'emmènent au 7ème ciel, de la bavette à l'échalote, de la sauce au Saint-Marcellin, des salades savoureuses, du bon pain de campagne etc et le tout à coût plus que modéré. Mais le must pour nous, c'est la gratinée l'hiver à 3 heures du matin suivie d'un gratin de fruits, miam! Tiens, je te mets une critique, mais tu n'as qu'à dire à ton mari de prendre la voiture, tu n'es pas loin et tu peux au moins arriver à l'heure où tu veux, pas comme dans ces restaurants où, à partir de 20 heures, on te considère comme un visiteur de l'aube

Je ne pouvais pas laisser passer ton message, la gratinée à l'oignon, c'est quand même la grande spécialité de Lyon avec la rosette, le Jésus, les quenelles, les papillotes, la salade de bœuf vinaigrette, le tablier de sapeur et sa petite gribiche, le saucisson chaud truffé/pistaché, la cervelle de canut etc etc, j'arrête là, je ne voudrais pas trop te tenter.
Tiens, je te mets une petite critique.
Vous savez déjà tout sur La G..atinée... Les horaires, le délire, les adhérents...
Et la cuisine, alors?
Et bien, pour être honnête, lorsque vous y rentrez, vous avez l'impression de squatter chez grand-maman au fin fond de la Haute-Saône. Un décore pittoresque, à mi-chemin entre une ferme et un bistrot. Et niveau mangeaille, même topo!
Une cuisine du terroir, à base de tous types de viandes et de sauces savoureuses... mais aussi de poissons. Il y a de quoi se taper le derrière sur le carrelage devant leurs aiguillettes de canard à l'orange, de mousse d'avocat au saumon fumé, et SURTOUT, de leurs gambas aux lardons.
D'un côté, La G..atinée perpétue des traditions gustatives, et de l'autre, elle met un petit coup de pied au derrière des habitudes. Un brin anarchiste!
Et un peu de culture linguistique lyonnaise

et d'histoire gastronomique très drôle.
La première mention d'une mère date de 1759 avec la « Mère Guy », une guinguette des bords du Rhône dont la spécialité est une matelote d’anguilles. Un siècle plus tard, sa petite-fille surnommée « la Génie », est identifiée comme la « mère Guy ». Le tandem qu'elle forme avec sa sœur reprend les recettes de l'aïeule et la fameuse matelote d’anguilles. À la même époque, la « Mère Brigousse » obtient un certain succès dans le quartier des Charpennes (de 1830 à 1850) avec ses « tétons de Vénus », de grosses quenelles en forme de seins, mets préféré des jeunes gens venus enterrer leur vie de garçon. Au xixe siècle, les Mères lyonnaises tiennent tables ouvertes pour les compagnons du tour de France. Dès 1921, La Mère Bourgeois officie à Priay dans l'Ain tandis que la Mère Brazier devient la plus célèbre car elle est la première femme à obtenir trois étoiles au Guide Michelin en 1933, pour son restaurant ouvert rue Royale depuis 1921. Plus tard, avec ses deux restaurants, elle totalisera six étoiles. Des personnalités de renom goûtent à sa cuisine dont le Général de Gaulle et Édouard Herriot. Un de ses apprentis les plus connus à l’heure actuelle est Paul Bocuse.
Parmi les plus connues, il faut citer la Mère Vittet dont le célèbre restaurant voisine avec la Brasserie Georges, à proximité de la gare de Perrache. La Mère Léa tenait le restaurant « la Voûte », place Antonin Gourju à Lyon. Elle était connue pour son tablier de sapeur et son gratin de macaronis. Célèbre pour son franc parler, ses colères », la Mère Léa allait au marché saint Antoine avec un chariot sur lequel elle avait placé une pancarte avec les mots « Attention ! Faible femme, mais forte tête ». La Mère Castaing, du Beau-Rivage à Condrieu influencera Alain Alexanian, chef du restaurant L’Alexandrin. Citons encore la Mère Fillioux qui a été la patronne de la Mère Brazier, la Mère Allard, la Mère Pompom, la Grande Marcelle, la Mère Roucou, la Tante Alice et enfin les dernières, Madame Biol (à Lyon de 1960 à 1984) et la Tante Paulette (de 1950 à 1990).
Repas et noms de plats
Potiron (Cucurbita maxima) ou « courle » dans le parler lyonnais.
Le mâchon, repas traditionnel du matin, est servi dans les bouchons (mais pas seulement). On peut y trouver la « cochonnaille lyonnaise », les plats à base de porc comme le lard chaud, les grattons, le paquet de couenne (appelé ironiquement « pigeons ficelés »), le Jésus et la rosette, les rillettes et pâtés de campagne. Le tout est arrosé d'un verre de vin rouge. Quant au repas de Noël, on peut y déguster le chapon ou volaille de Bresse aux morilles et aux marrons, le gratin de cardons et la bûche aux marrons d'Ardèche et les papillotes. Le déjeuner classique du 11 novembre chez la Mère Brazier comportait boudins, saucisses grillées, garnis de « pommes fruits » sautés, rôti de porc aux marrons, babas et glace à la vanille.
Les plats portent parfois des noms issus du parler lyonnais comme les « clapotons » (pieds de mouton, comme dans l'exemple « une salade de clapotons avè de transons de fèges », avec des tranches de foie), la « courge » ou la « courle » pour parler du potiron, les « barabans » pour parler des pissenlits (Tarxacum dens leonis, dit baraban, de barbanum, de barba probablement à cause de ses têtes à aigrettes poilues), les « goifons » pour parler du goujon, le « poureau » (écrit poreu en francoprovençal, et prononcé en lyonnais [puro]) qui signifie poireau, la « pourette » au lieu de la ciboule, le « cayon » est un mot directement issu du francoprovençal, et qui signifie le porc, les « hauts-goûts » au lieu des plantes aromatiques et les condiments parfumés, etc.
Le « pompier » désigne un mélange de vin, de sirop de groseille et d'eau de Seltz. L'origine purement lyonnaise est cependant mise en doute car le terme existe également à Paris. Quant aux pommes de terre, on les appelle « truffes », comme le précise Nizier du Puitspelu, dans son Littré de la Grand'Côte publié en 1894 : il mentionne les « truffes en barboton » qui désignent les pommes de terre cuites à l'étuvée, recette reprise sous le titre de « barbotons de pommes » de terre dans d'autres manuels de cuisine.
Les maximes lyonnaises et autres expressions
La plaisante sagesse lyonnaise de Catherin Bugnard relate des expressions comme :
Au travail, on fait ce qu'on peut, mais, à table, on se force
Vaut mieux prendre chaud en mangeant que froid en travaillant
Citons encore Félix Benoit :
Pour que le vin fasse du bien aux femmes, faut que ce soyent les hommes qui le boivent
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Et pour finir, Nizier du Puitspelu :
« Se taper le fusil » ou « se bourrer le fusil » : manger fortement comme dans l'exemple « Je nous sons (me suis) tapé le fusil à en faire partir la culasse ».
« Être plein jusqu'à la troisième capucine » : être complètement ivre. Par extension, se dit de quelqu'un qui a trop mangé. Même sens que « se taper le fusil »
« Vin à porte-pot » : se lit souvent sur une enseigne. Se dit du vin à emporter plutôt qu'à consommer sur place.
« Manger à la gogosse » : manger sans d'autre assaisonnement que le sel.
« Être coufle » : être plein, avoir trop mangé, comme dans l'exemple : Un mari s'adresse à sa femme après le dîner « T'esses (Tu es) fatiguée des flageôles ? - Non, mais je suis coufle »
Les mots n'ont jamais fait peur aux Lyonnais

Il y a des citations savoureuses! Et, dans une ville où quand on mange des patates, on dit qu'on a cuisiné des truffes, on ne peut que se sentir mieux... Petite, j'avais une vieille voisine lyonnaise qui disait encore des "haut-goûts" pour ses bouquets garnis de thym, laurier etc